Industriel et mécène, Jean-Claude Volot a soutenu Stani Nitkowski dès sa rupture avec la galerie Vanuxem.
Il a aidé Stani durant les dernières années de sa vie et a contribué a la réalisation de la très belle exposition de la galerie des Filles du Calvaire.
 

Une Poularde de 30 figures sur fond blanc, m'emmena " aux Forges " de Nitkowski. C'était dans les débuts 90.

Beaucoup ont écrit et écriront tant de bonnes choses sur l'artiste que je ne m'aventurai pas dans la surenchère des qualificatifs en ce domaine. Ce genre de texte, qui après mille mots précieux et choisis ne vous laisse rien, sinon une impression !
Une impression d'extraordinaire, d'unique, de grand.

Nitkowski, ce n'est pas seulement la peinture ou les dessins, chers aux marchands ; ce sont des écrits, des formules, des paroles, des mots inventés, créés, mixés.
Stani, c'est des scénari, des histoires, de la créativité permanente et pure, des délires verbaux aux mille compréhensions, interprétations, cheminements…

Sept mois après son départ, c'est cette mémoire de la création immatérielle de Stani qui domine (et dominera) en moi. Qu'il est difficile par des mots de donner l'exacte dimension de cet univers impalpable !

Nous avions le même âge, à quelques jours près, et nous dissertions souvent sur la gémellité. Si semblables et si différents, le " je t'aime moi non plus " permanent ! Alors amours et haines se succédaient au fils des mois ou des périodes.

Lui, hors du monde, dématérialisé, pur esprit, soumis aux contraintes de ce monde. Moi, artisan et acteur de ces contraintes, matériel, organisé, structuré.

Stani classait ses relations en deux catégories simples qui l'aidaient à vivre autant l'une que l'autre. L'une était matérielle : nourriture, soins, argent, sexe … Très vite, il soumettait cette catégorie à sa tyrannie qui pouvait, par insatisfaction, donner des délires paranoïaques et schizophrènes aussi insoutenables que géniaux.
La deuxième catégorie était purement intellectuelle, artistique, immatérielle. Stani vivait cette relation avec amour, constance, fidélité et attrait.
Il était peut-être plus simple de vivre la seconde, mais la première, terrible, dure, ingrate était sans nul doute bien plus passionnante.

J'ai mis du temps à comprendre, puis admettre ce classement. Pour ces raisons, j'entretenais avec Stani une relation directe, sans ambage ni hypocrisie. Il en était satisfait, mais en même temps la refusait. Il n'est pas facile de s'entendre dire qu'on est un être épouvantable quand on bénéficie habituellement des protections de l'artiste et du handicapé. Le langage de la vérité était notre règle établie. Il était parfois violent et sourd. Trop sourd sans doute quand en février l'expression de sa détresse resta à Angers !

Pendant plusieurs années ces règles et équilibres nous ont donné des moments d'échanges inégalés et incomparables. Je jouais dans les deux catégories, bien qu'appartenant à la première, et il s'efforçait d'en faire autant. Ses torrents de mots écrits, parlés, téléphonés, me reviennent à l'esprit à sa simple évocation.
Il a choisi de partir, moi de rester avec sa présence, immatérielle, artistique et intellectuelle.

Jean-Claude Volot
7 Novembre 2001