Jean-François Maurice est le rédacteur en chef de la revue Gazogène. Ce texte était initialement prévu pour le numéro 23 de Gazogène. Il a été remplacé par celui d'Alain Lacoste : " Reste, Stani ! "
Nous avons décidé de le publier

 

L'annonce de ta disparition m'a fait beaucoup de mal. C'est Alain Lacoste qui me l'a apprise. Tu lui avais pourtant téléphoné une semaine avant. Il connaissait tes hauts et tes bas. Mais il savait que la mort de ton fils en février dernier (il était né en 1980) avait été une épreuve terrible.
Aussi étrange que cela puisse sembler, tu as été sans le savoir à l'origine de mon aventure dans l'Art Brut. En effet, c'est à partir d'un appel que tu
avais publié en 1989 dans Artension : " Écrivez à Stani Nitkowski, il vous répondra " que nous sommes entrés en contact. Des échanges s'ensuivirent. C'est à Bègles un peu plus tard, au moment des " Jardiniers de la Mémoire ", en septembre 1991, que nous nous sommes vus pour la première fois et que nous avons pu discuter ensemble dans cette grande salle d'un restaurant pas encore réaménagé où trônait encore le vieux poêle à bois. Toi dans ton fauteuil roulant, provocateur au chapeau auréolé des médailles, vêtu d'extravagante façon, entouré de femmes, et de belles femmes - si je
puis me permettre. Si j'ai oublié le détail de notre conversation, je n'en ai pas oublié le ton. Si j'en tais le contenu, du moins ai-je planté le décor. Nos routes se sont croisées ensuite, chez Hervé Aussant. Puis ce fut le silence. Mais silence ne veut pas dire absence. Au milieu de tous les faiseurs de l'art singulier, de tous les pseudos - tu sais, ceux qui se refont une virginité biographique du genre " Né en banlieue " sans dire que c'est Neuilly ou Passy, ceux qui se proclament poètes, écrivains, critiques d'art, essayistes en ayant honte de dire qu'ils émargent au Ministère de l'Éducation Nationale, de la Culture ou même de l'Intérieur (ce qui correspondrait malheureusement bien à l'état d'esprit de certains dont l'outrecuidance verbale n'a d'égal que l'impuissance pratique), tu étais pour moi, Stani, une vraie figure, une référence. Tu n'es plus, Stani, mais il reste ton œuvre. Je la crois irrécupérable, j'ai foi en sa force, en sa violence. Je suis heureux de t'avoir rencontré.

Jean-François Maurice