Voici un poème et un tableau-hommage adressés par Anne Poiré et Guallino :
Rencontré chez Cérès Franco, en 1990, Guallino et Anne Poiré ont surtout écouté Stani Nitkowski longuement au téléphone.
Stani avait besoin de ces conversations avec les autres.
Des conservations qui duraient des heures et curieusement Anne n'a jamais pu, elle, téléphoner. Stani Nitkowski ne lui a jamais donné son numéro...

Stani Nitkowski a choisi d'aller tester d'autres horizons au début de l'année 2001...
Ce poème lui est dédié...

homme des crêtes
tu franchis les frontières
les veines incandescentes tatouées sur le coeur
--
et la raison vacille
sauf que
--
allô
le fil planté pareil à un couteau
n'éclaire plus
--
cela me rappelle
suspendu entre huile et braise
--
avec majesté ton trône rutilant t'emporte
valse lente
les roues du char grésillent
et les clichés s'annulent
--
une star
le strass au béret
et les plumes tailladées dans l'oeil ivre
--
dessous les velours opaques 
les diamants étincellent
--
de ton sang
le trait égoutté tremble 
--
dans la ténèbre longuement
ta parole divague
jusqu'aux éblouissements indéchiffrables
désastres saisissants
--
tu
mannequin ployais
désirs contradictoires
--
névralgies blafardes
plombant crépusculé
sous les fibres le trop poursuivait-il
--
inventions dérisoires
le drôle et puis les larmes
armes aiguës
--
pas d'oubli
ni de regards
les phrases aiguisées tu allumais les nuits
--
colonne vertébralisé
de noce en bombe
de muscle en os
si tu t'emballais
étêté
culminait le cri
--
mouvements comptés
pliés
la sueur rougie
échappée du dedans
--
t'en souvient-il Stani
de ces errances synthétiques
préludes aux rythmes 
tu t'endormais sur le clavier le rire en gerbes de palettes
--
face à face dans l'obscur souterrain
le gueux gémiluttait
la denture en avant
incisif
sisyphe
--
non la veille
tu ne savais plus
ou une autre fois
--
lueur hésitante des tragiques bobos
graves maux
-parano pathétique émouvant mythomane imaginatif créatif
douleurs et greffes boutures
racines ardentes
--
brillant
les yeux pétillants
caillot des abrasés
--
fort faible fauché
fini de jouer
te voilà parti
--
dans ton éternelle
dans tes draps tout calciné
sur ton engin
mur rencontré
feu
ailes arrachées
tonus et soif de vivre
--
dépouillé
démasqué
tes mots tes images lacérés
--
le nid
où était-il
--
l'indestructible
à son tour
passé de l'autre côté
--
redoutables coups de fil
Stani
en équilibre
tu t'affaissais
--
dans l'écorchement
les laves
fleurs de soufre
--
rumeurs avorteuses
hors des digues en combustion brisé
--
engendrement de force
giclées crachats
poussières dans le blanc
--
la mare coagulée
expressionniste
cinquante millième degré
--
cette façon de mourir
désespérée
--
acte d'accusation
mise en cause
terrible
pénombre saltimbanque
--
aveu de puissance
tu quittes la souffrance
irrésistibles glapissements
la vocifération des pâtes mêlées
--
si difficile de
--
dramatisation la moindre minute
disparition haut théâtralisée
--
cheval fou crépitant au brasillement des heures
cachot les matins blêmes
--
paupières de khôl profond
le mascara de ta mélancolie
--
tes orbites lointaines
jettent par la fenêtre
les cailloux et les astres
--
plus personne au guichet
quelqu'un
plusieurs
tes trajectoires de lumières à perpétuité
--
sans fard bourrasque marque tatin
recroquevillée
la vrille de la vie
--
hémoglobine
tu ne dégoulineras plus
--
épuisantes physionomies
creusées
dans leurs inconséquences
--
fracassé
pressé
de t'esquiver
--
masses difformes
proéminences et branches torses
du magma informe
--
matières que tu grattais
forais
rageais ensanglanté le papier
accrocs sanguinolents
--
aïe
l'esquisse teint livide
tes encres déchiquetées
--
versé valsé
fil-de-fériste acrobate malgré toi
--
chaque portrait
sarclé
condamné à 
--
malmené écartelé
de ta gangue en zigzags
ramifications sans filet
--
maculé d'indélébiles pâtés
pigments
tu t'absentes
t'éclipses
te rescapes comme possible
--
resserrées à la gorge
tes clameurs de haro
--
pour toi avant terme
salive purulente
parturiente
--
déshabillée
dans sa nudité ceinte de silhouette décharnée
ta toile
--
la lèpre instituée beauté
dans tes gris et tes ocres
--
elle consumait tes jours
s'estompent les épreuves 
reprises en sous-oeuvre
ton Oeuvre
--
sentinelle perdue dans la ligne et les dents
les cils la bouche
arrêtés
--
affranchissement
spatules brosses pinceaux et vernis
--
porté par
crucifié aux jambes nues
--
à la lampe éméchée
tes chancelances
multipliées
--
gueule noire expulsée
le corset dévoilé au harpon
corps goulu de tout--
écorcé vif emporte-pièce
tu découpais tes apparences
--
estropié d'âme vorace
à l'affût 
--
grande chair
empreintes des confins
chevalier d'Eon
autoportraits très démangés
--
demeurer

--
illusionniste escamoteur
tu l'as approchée
la mort
plumée
trompée
qui donc pourra


Anne Poiré Juin 2001