Jean-Pierre Nuaud publiait en 1988 aux éditions Aussant un "Carnet de dessins" de Stani Nitkowski. (Tirage limité : 500 exemplaires, ouvrage épuisé.)
Il en rédigeait la préface.
Jean-Pierre Nuaud a organisé plusieurs expositions de Stani Nitkowski dans les Pays de Loire.

  

Il y a quinze ans, après une longue étape de doutes, de tâtonnements et d'errances, s'est posé pour, Stani Nitkowski un choix existentiel ; c'est le dessin, puis la peinture qui lui ont permis de Re-Vivre.
Robert Tatin a été le " second père " nécessaire et compréhensif capable de focaliser les énergies révélatrices là où il le fallait. C'est lui qui a entraîné Stani Nitkowski à dépasser son corps en entrant en création de toute son âme. Comme dit Milan Kundera (1), ce qui excitait l'âme, c'était justement d'être trahi par le corps qui agissait contre sa volonté et d'assister à cette trahison. "
La peinture de Stani Nitkowski ne raconte que l'homme saltimbanque à la recherche de son équilibre sur les déséquilibres du monde.
Tous les dessins qui suivent sont les éléments sélectionnés d'un journal quotidien Ils racontent, citent, évoquent. Ils sont tous des instants de Vie : réflexions métaphysiques ; réminiscences d'un passé ; hommages grandioses ; rencontres métamorphosées. Les acteurs représentés sont les soi-même possibles, vibrants sur des miroirs infinis. À ce jeu de qui perd gagne, le vainqueur - l'artiste - pour se sauver comme c'est ici le cas, utilise l'humour. Autant qu'un œil critique à l'adresse de son entourage, de ses relations, il porte en définitive un regard moqueur sur lui-même. Mais lui est-il si facile de se mettre à nu ?
Comment Stani Nitkowski décrit-il cette condition de l'homme ?
Par des images, qui présentent souvent en contre point des textes qui à eux seuls sont graphisme, mais entrent également dans la composition Cela se produit de trois manières :
- un simple titre qui souligne " Mère " " matronne normande " ; " Elégatée sous la bourrasque ".
- une phrase plus longue qui commente ou qui éloigne du sujet mois qui est une préoccupation simultanée. " Moi je ne sais pas peindre tant mieux, et en plus je n'ai rien à dire, alors... je Rêve Tout Haut ".
- un texte en côte à côte, souvent illisible et composition à lui tout seul où points, encadrements, séparation de mots ; amènent une autre image.
Stani Nitkowski nous fait ainsi cheminer de la poésie à l'humour et à la dérision : " les algues amoureuses du bord de mer s'entrelacent bercées par l'inlassable rengaine des vagues parées de dentelles d'écume " ou " Elégatée... " : " Elle est gâtée " et " Examen de Sang Té ".
Le ballet texte-image est une constante d'une expression graphique qui différencie essentiellement la démarche de dessinateur et celle du peintre - (là n'apparaît plus le mot, seuls interviennent le cloisonnage et la qualité des couleurs) -. Pourtant, au cours de ces dernières années, on peut constater que peintures et dessins tendent à se rapprocher : les dessins prennent une matière plus dense où s'exercent pleinement l'intensité des noirs et la vibration des blancs, la Force de l'ombre et de la lumière ; les tableaux deviennent plus graphiques, plus tracés. La révélation de l'état d'âme, de la pensée du moment qui expliquent l'assimilation d'idées vécues au cours de l'œuvre se trouve dans le titre jamais anodin mais plus discrètement opposé " La mémée au Friquet ", " La desosseuse boudiniqne ", " la liberté guide mes pas ".
Notre propos d'aujourd'hui étant de donner le plus de place possible à l'image, arrêtons-nous au constat que dans le perpétuel cheminement à travers son angoisse et dans ce qui reste sa solitude, Stani Nitkowski en appelle aux autres - à nous-mêmes -.
Son dessin surgit dans un jaillissement purificateur.
Avec cette force primitive qui n'a nul besoin de cérémonial pour s'imposer, acceptons sans réserve d 'entrer en communication.

J.-P. NUAUD

1988

(1) L'insoutenable légèreté de l'être. Paris, Gallimard